Reality exists, without any motive. But, to grasp it, it seems that we need to create images and objets, in a word, to represent it. The question is : how the act of representation plays, in a certain extent, a part in return on his object, on what it is, on its identity ? Photography is at the heart of my work. The representation it gives, physically linked to its subject and, for a long time, seen as a raw part of reality, makes the photography an underlying and critical, deep and light, experimental and codified tool to explore objectivity, thruth and fiction. In trying to understand how representing identity and the effects that photography has on bodies, i found that question : what if photography had invented identity? The body, when turned into an image, becomes the scene of a confrontation between the general and specific to define identity, in its relation to the Average Man. But the individual is one and irreducibly different from all others. He is never the definite identity that society would expect him to be nor the one he wishes to assume. These "individuals" whose identity is at the same time dissolved and irreducible, these "ordinary singularities" produced by modern society, are the subject matter of my work. I try to question the power struggle in the represented identity, between control and liberation of the individual, between what is common and what is one’s own, between clichés and singularities. My questioning on photographic portraits, through the inextricable mix of politics and art they are made of, is an attempt to question both the image and the surveillance society that generates it.
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La réalité est là, elle existe, dénuée de mobile. Pourtant, pour la saisir, il apparaît que nous ayons besoin d’élaborer des images et des objets, en un mot, de la représenter. Mais cette opération n’est pas neutre. Alors, dans quelle mesure la représentation intervient en retour sur son objet, sur ce qu’il est, sur son identité ? Ce sont les mécanismes d’attribution de sens qui m’intéressent, la photographie étant au cœur de mes recherches. La représentation qu’elle propose, indicielle et longtemps envisagée comme prélèvement brut du réel, en fait un outil d’exploration des questions d’objectivité, de vérité et de fiction à la fois fondateur et critique, sérieux et léger, expérimental et codifié. En cherchant à comprendre comment représenter l’identité et les effets éventuels du médium photographique sur le corps de l’individu, je suis arrivée à la question suivante : et si la photographie avait inventé l’identité ? Le corps, au moment de sa transformation en image, devient le lieu d’un affrontement entre le général et le particulier afin de définir l’identité, dans la perspective de ses rapports à la norme que constitue l’Homme moyen. Mais l’individu, en cela même qu’il est un et irréductiblement différent de tous les autres, n’est jamais l’identité modèle que la société voudrait lui attribuer ou dont il se désirerait porteur. Ces « individus », dont l’identité est dissoute et irréductible dans le même temps, ces « singularités quelconques », éminemment modernes, sont la matière de mes travaux. Ce que je cherche à interroger, c’est le rapport de forces qui se joue dans l’identité représentée, entre volonté de contrôle et libération de l’individu, entre ce qui est commun et ce qui est propre, entre clichés et singularités. Mon questionnement sur le portrait photographique, au travers de ses composantes politiques et artistiques indissociablement mêlées, est la tentative d’une réflexion à la fois sur l’image et sur la société de surveillance qui l’élabore.